Une nuit sur une machine volante imaginaire

S’il y’a quelque chose de bien caractéristique aux productions de Ghibli et surtout celles du maître Miyazaki c’est bien ces engins volants avec des silhouettes plus ou moins fantaisistes. Allant des hommages aux pionners de l’aviation militaire dans Porco Rosso ou de l’appareil respirant à fond l’esprit dôjin de Pazu dans Le château dans le ciel, ces “avions” d’inspiration très occidentale contribuent au rêve en images que tisse pour nous Miyazaki dans ses films.

Dans ce billet il ne sera nullement question de parler de ces engins volants ni du court-métrage Kûsô no sora tobu kitaitachi quasi-exclusif au Musée Ghibli [-> site officiel - EN ] mais d’un album de musique produit par un groupe dont le nom est la traduction directe du titre du court-métrage, à savoir Imaginary Flying Machines. L’album Princess Ghibli (oui c’est son titre), publié par le label Coroner Records [-> site officiel / myspace] spécialisé dans le métal et associé (ma faible connaissance de ce milieu ne me permettra pas de détailler davantage le style musical) et comme vous l’avez bien lu, il s’agit d’un album de reprises de chansons de Ghibli arrangé dans une sauce métalo-hardcore-rock-etjenpasse… En bonus, une jeune fille probablement prépubère sur la couverture. Elle est pas belle la vie ?

Pour les curieux : la mise en bouche officielle via le youtube du label.

Quoi vous-êtes encore là ? Bon d’accord, je vais écrire un peu sur cet album si c’est vraiment ce que vous souhaitez…

A vrai dire, je suis loin de me considérer vraiment expert en musique donc ce sera avec le jugement de mon oreille d’amateur que je ferai un passage en revue partiel des 12 pistes qui forment cet album. Si vous vous demandez pourquoi je ne ferai pas une “critique” complète : la flemme et surtout que c’est un exercice qui m’est assez difficile à appréhender de façon vraiment honnête (plus de détails plus bas).

Avant toute chose, d’après ce qu’on a pu récolter comme informations, il semblerait que cet album soit parfaitement légitime et on peut supposer que les droits ont été acquis de façon propre ; l’album étant en vente dans les circuits de commerce réguliers au Japon -pouvant même se targuer d’une 4ème place dans les ventes de CDs là bas à l’heure de la publication de ce billet- devrait suffire à prouver la légalité de l’album. (Les liens pour se le procurer légalement seront donnés en fin de billet).

Bon commençons les hostilités :

1. Tonari no Totoro – Disarmonia Mundi & Sophia Aslanidou (Mon voisin Totoro)

Vous reconnaissez la trentaine de secondes de la preview youtube ? Bien.

Quelques secondes suffiront pour se retrouver dans un univers musical familier, on commence doucement avec quelques notes qui sauront éveiller un brin de nostalgie avant que la chanson ne nous rappelle à l’ordre et nous fait savoir avant la barre des 15 secondes que nous sommes dans un remix sauce métal et les premiers éclats de voix suraiguisés se font entendre.

Impossible de s’y tromper, on reconnait bien notre chanson préférée de Totoro mais dans un style qui a radicalement plus rien à voir avec la version historique, on a bien les paroles en japonais chantées sur le rythme de la chanson d’origine mais les voix criardes caverneuses et la guitare électrique sous adrénaline transforment totalement la chanson en une toute nouvelle avec sa personnalité propre.

Dès la première piste, le ton de l’album est donné. Partagée entre choeurs féminins, voix de gros métalleux barbu, solos de guitares sous amphèt’, on a droit à du lourd et l’album envoie la sauce d’entrée et, certains diront miraculeusement, on se surprend à avoir un sourire aux lèvres en l’écoutant et même tout en étant tout sauf fan du style musical, à arriver à trouver un certain plaisir malsain à l’écoute.

Piste d’ouverture accusant d’un bilan positif, elle offre une vraie cohérence musicale dans le sens où il ne s’agit pas là d’un bête remix de garage à faire saigner les oreilles mais d’un vrai travail musical qui transpire même pour un néophyte comme moi (bien sûr ce que je dis n’engage que moi, libre à vous de former votre propre opinion -surtout si vous êtes versés dans la musique-).

2. Kimi wo nosete - Disarmonia Mundi & Yoko Hallelujah (Le château dans le ciel)

Une ouverture un peu atmosphérique (en fait j’ai pas trouvé de mot pour décrire donc j’en sors un par hasard) suivie guitare déchaînée avant de retrouver des notes familières puis une voix féminine pour nous chanter les délicates paroles de la chanson. On se laisse porter par ce qui pourrait n’être qu’une énième ré-écoute de kimi wo nosete [-> Les mille et une version de Kimi wo Nosete - Animint.com] en plus active mais encore une fois, on retrouve nos métalleux des cavernes qui feront exploser leur voix en accompagnement à plusieurs reprises sur des moments clés de la chanson.

Sur ce qui correspondrait au second tier de la chanson, on a droit à un long solo qui loin d’être un ratage technique souffre quand même d’un manque d’harmonie avec ce qui avait été construit jusque là, on l’écoute sans déplaisir mais tout en se posant des questions sur sa pertinence dans son style en terme de cohérence avec le reste de la chanson autour. Malgré ce petit accroc, cette seconde piste a droit à un final très… sauvage du plus bel effet grâce au climax créé juste avant.

Seconde note positive malgré un petit point noir, encore une fois le remix développe une personnalité propre surtout avec des tôôôôô-sannnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn et kâââ-sannnnnnnnnnnnnnnnn totalement bestiaux que j’ai trouvé complètement fendards (sans me moquer méchamment et gratuitement) et respirant bon la PASSION en grosses lettres de flammes.

Y’a pas à dire, on continue d’apprécier de la musique travaillée, retrouver le souvenir de chansons de films qui nous ont bercé et en même temps de se payer de bonnes tranches de rire… Et on est loin d’en avoir fini avec cet album.

Bonus: en plus de la longue liste de Pazu, je me permets d’ajouter la contribution d’un de mes artistes favoris à savoir Maeda Katsuhiko via son pojet musical World’s End Girlfriend.

(note: kimi wo nosete ne commence que vers la 2ème minute dans la vidéo)

4. Gake no ue no Ponyo – Destrage & Yoko Hallelujah (Ponyo sur la falaise)

Je n’ai pas grand chose à dire sur cette piste si ce n’est que le refrain est totalement à se rouler par terre.

6. Country Road – Disarmonia Mundi & Sophia Aslanidou (Mimi wo sumaseba)

Alors là, on a droit à un sacré morceau, ce remix étant déjà celui d’un dérivé d’une chanson existante à savoir Take me home, Country road écrite et interpretée par John Denver mais interpretée par Olivia Newton-John pour la version au début du film. Jouissant de ce statut particulier de double remix, cette ré-écoute de Country Road sait bien se démarquer de ses ancêtres. N’offrant presque aucun répit tout au long de la chanson, les différentes voix chantantes s’alternent tout en gardant l’harmonie de cette ré-interprétation intacte.

Encore une fois, un brave solo pointe vers la fin et permet un petit temps mort pour reprendre son souffle tout en gardant le momentum et l’intensité de la chanson avant de nous re-catapulter dans le rythme avant un final tout aussi climatique que les autres.

Je ne cache pas mon affection pour les différentes interprétations en anglais d’origine mais j’avoue avoir beaucoup de sympathie pour celle-ci qui offre une certaine fraîcheur à ce classique.

7. Itsumo nando demo - Blood Stain Child & Claudio Ravinale (Le voyage de Chihiro)

Départ assez surprenant, mélodie enjouée puis quand vient la voix féminine on pourrait se croire dans une comédie musicale du Magicien d’Oz en un peu plus musclé pendant les dix premières secondes avant que nos troglodytes de service ne viennent nous rappeler qu’ils sont toujours là pour vomir dans le micro et pas seulement jouer les orchestres de décoration.

Très agréable à écouter, on sent un certain décalage avec ce qu’on a pu écouter jusque là dans la mesure où l’on sent ce remix comme plus “timide” que les précédentes et osant moins se démarquer de sa version d’origine. Bonne surprise pour certains, d’autres se surprendront à regretter un manque de punch et surtout d’audace à cette piste qui reste très prévisible dans son approche de ré-interprétation par rapport à ce qu’on a pu écouter jusque là.

Parler de déception serait assez injuste mais cette réécriture très “standardisée” manque de ce petit quelque chose qui rendaient vraiment uniques les pistes précédentes, peut-être qu’elle souffre de sa position en milieu d’album mais tout cela ne lui enlève rien de ses qualités et reste le témoin d’un travail musical de bonne facture.

8. Arrietty’s Song – Disarmonia Mundi & Sophia Aslanidou (Arrietty, le petit monde des chapardeurs)

Je ne cache pas une certaine surprise quant à la présence de La chanson d’Arrietty, d’ailleurs je pense que la plupart d’entre nous sommes au courant de l’histoire de Cécile Corbel [-> Site officiel de Cécile Corbel] et de comment elle a eu l’occasion de travailler sur la musique du film d’Arrietty.

Ayant eu la chance de pouvoir discuter avec très récemment [-> à venir...], j’ai pu apprendre qu’elle avait pu écouter cet album et notemment cette piste qui était une centième reprise des reprises de sa chanson qui sont parvenues à ses oreilles. Pour la petite anecdote, je dois remercier Cécile Corbel ainsi que son complice Simon Caby pour avoir bien voulu discuter un peu de cet album (et à qui je dois l’information sur les ventes au Japon) et qui semblaient l’avoir bien apprécié en général.

En ce qui concerne la chanson en elle-même, le travail effectué dessus reste très conforme à ce qu’on pourrait en attendre mais contrairement à la précédente, la sauce prend mieux et on a moins cet impression de manque de caractère unique . Peut-être est-ce dû du gros barbu qui beugle dans le micro de façon encore plus caverneuse qu’avant ?

Quoi qu’il en soit beaucoup moins métal et résolumment plus rock que les autres, cette nouvelle chanson d’Arrietty jouit de vocalisations pouvant littéralement prendre leur envol sur les moments clés de la chanson et délivrent un impact très fort sur l’auditeur. Offrant de la puissance à l’état brut mais sans tomber dans un chaos indompté, on redécouvre agréablement Arrietty sous un autre angle.

10. Toki ni ha mukashi no hanashi wo - Disarmonia Mundi & Yoko Hallelujah (Porco Rosso)

Dans la continuité d’Arrietty et de Kiki que j’ai honteusement sauté, on reste dans une logique beaucoup plus identifiable comme rock que métal (vous pouvez me jeter des pierres si vous pensez que je sais pas faire la différence entre les genres, j’assume mon amateurisme).

En fait mis à part noter ce détail, je crois que je n’ai pas grand chose à dire si ce n’est que ce remix remplit parfaitement son rôle et même s’il manque de surprise, il reste largement agréable à l’écoute donc autant passer aux dernières tout de suite.

11. Sanpo – Living Corpse & Yoko Hallelujah (Mon voisin Totoro)

On touche vers la fin de l’album et pour l’occasion on retrouve notre ami Totoro qui a droit ici à son thème d’ouverture.

Très proche de l’originale dans ses débuts, on traverse sans grandes surprises la première moitié de la chanson si ce n’est la présence progressive d’instruments parasites qui pertrubent l’harmonie présente puis arrive un premier vide vocal avant que la chanson prenne toute une autre forme.

Si la première moitié était très conformiste, une fois passé la pause clé de la chanson, cette dernière se métamorphose en une bête complètement méconnaissable, un peu comme votre copine quand vous lui dites qu’elle a grossi ou Tetho quand vous lui dites que vous n’avez toujours pas regardé Dennô Coil.

Enfin bref c’est un bordel immonde, les coffres à bière chevelus qui s’occupaient d’accompagner les chanteurs jusque là se sont littéralement libérés de leur chaînes et s’en donnent à coeur joie dans une orgie tout ce qu’il de plus obscène, ravageur et surtout chaotique. Ces gros barbus s’approprient totalement la chanson et lui en font voir de toutes les couleurs comme Conan lorsqu’il écrase ses ennemis et les voit mourir au gré du son des lamentations de leurs femmes. Un petit moment de répit nous est quand même offert sur les derniers moments de la chanson mais la toute fin nous rappelle que la chanson leur appartient, qu’ils sont des gros durs, des hommes des vrais (avec la bière mais sans le foot) et qu’il faut pas leur chercher des crosses parce qu’ils n’hésiteront pas à utiliser leur guitare ou des tessons de bouteilles de bières comme artillerie lourde.

12. Nausicaa Requiem – Neroargento & Yoko Hallelujah (Nausicaä de la vallée du vent)

Grand final de l’album, après la débauche d’un Totoro sous viagra et amphèt, on finit sur un ton très solennel avec le fameux Requiem de Nausicaä.

En harmonie avec l’originale, cette version ne cherchera pas les gros effets qui explosent aux oreilles mais au contraire garde toute la beauté et la délicatesse de son aînée. Ne cherchant pas à être plus qu’il ne l’est, ce final trouve un équilibre parfait entre le style très particulier de l’album et ses racines sans jamais trahir ni l’un ni l’autre.

Dotée d’un fort pouvoir envoûtant, cette dernière piste sait capturer l’attention de l’auditeur jusqu’au bout et sans artifices superflus (sauf peut-être une forte saturation à la fin mais ça peut venir de mon matériel audio), elle parachève avec une surprenante sobriété ce voyage de redécouverte des chansons de Ghibli plus qu’unique.

 

Voilà that’s all folks pour cette critique partielle de cet album qui m’en aura fait voir de toutes les couleurs sur ces derniers jours.

Pour être honnête je pense pouvoir parler d’excellente surprise quant à sa découverte et son écoute et j’avoue volontiers avoir été plus que sceptique lorsque j’en ai entendu parler pour la première fois. Le métal n’étant déjà pas ma tasse de thé, j’avais aussi le souvenir opposé de l’album Puncolle – Voice Actresses’ Legendary Punk Songs Collection -, vous savez l’album de reprise de classiques rock/punk par diverses seiyû qui fut un véritable massacre (pour vous en convaincre : [-> Smell like a teen spirit - Yûko Gotô / Anarchy in the UK - Rie Tanaka]) même si j’en avais retiré une grosse dose de fou rire.

En parlant de fou rire, je ne cache pas que la première écoute (qui était d’ailleurs pendant une soirée chez moi à 2h du matin avec Tetho, FFenril, Yuki et ma co-éditrice Pralyn) en fut plus que largement ponctuée et je pense que beaucoup de ceux qui écouteront cet album y trouveront une expérience plus ou moins similaire. Loin de moi de vouloir occulter ses mérites sur le plan musical, car comme je l’ai dit plusieurs fois on sent vraiment qu’il y’a des gens qui ont bossé dessus sérieusement et qu’il ne s’agit pas juste d’un produit  bâclé, mais force est de reconnaître qu’il a un fort potentiel pour décontracter l’atmosphère.

Très bonne surprise, j’en recommande donc l’achat rien qur pour soutenir les courageux qui nous ont pondu ça. Il est possible de se le procurer via des plateformes classiques comme Amazon MP3 ou iTunes mais aussi de l’acheter directement sur le site du label Coroner Records.

Comme d’habitude il est possible d’écouter des extraits avant d’acheter sur chaque plateforme donc voilà, n’hésitez pas à les soutenir si vous sentez qu’ils le méritent.

6 thoughts on “Une nuit sur une machine volante imaginaire

  1. Ça va plus loin qu’Animetal, parce qu’il y a une vrai recherche dans le son et pas que la volonté de faire des version “violentes” de classiques de l’anime pour le lulz (même si ça doit pas être absent de la démarche).

  2. Je dois avouer que la première écoute a été en effet assez “épique” :’) Mais mine de rien, ça devient pas mal addictif, je me suis reprise plusieurs fois à réécouter certaines pistes depuis le weekend dernier.

    @nyo: Me citer comme co-éditrice, c’est pour que je culpabilise et arrête de procrastiner? Le pire c’est que ça fonctionnerait presque.

  3. Je me permets d’ajouter que le CD est disponible sur Amazon Japon.

    Quant aux fous rires, la situation dans laquelle nous étions tous les 5 (fatigue+impossibilité de faire trop de bruit) n’a fait qu’amplifier l’effet de cette écoute. En un mot, c’était génial. Je me réécoute depuis l’album tous les soirs.
    Comme l’a dit Tetho, l’album est travaillé. Au-delà du fou rire que ces musiques provoquent chez tout fan des musiques originales, du point de vue musical, c’est très sympa à écouter. On voit que les personnes qui sont derrière sont fans de Ghibli mais qu’elle savent produire de la musique de qualité, n’en déplaise à ceux qui qualifient ça de bruit.
    Bref, du bon boulot, un plaisir pour les oreilles et un fou rire à partager avec le plus de monde possible.

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