Avant-propos : ce billet fait partie des 5 récupérables post-problème d’hébergeur, malheureusement les précédents ne fournissaient qu’un extrait, il m’étaient donc impossible à récuperer.

Normalement je devrais être en train de dormir mais cette journée précédant la Saint Valentin (retirez 9h de votre horloge pour avoir mon heure locale) m’a laissé dans un état misérable émotionnellement parlant : visionnage de Clannad After Story 18 qui contient ma scène favorite du visual novel et un revisionnage de Byousoku 5 cm suite au billet de mon ami la spatule.

Comme je préfère me réserver pour plus tard en ce qui concerne Clannad, ce billet se concentrera surtout sur l’oeuvre de Makoto Shinkai avec quelques paralèlles avec Hoshi no Koe et Kumo no Mukou (dont le dvd devrait paraître en France sous le titre “La tour par de-là les nuages” prochainement) donc si vous n’avez pas vu 5cm/s évitez de lire ce qui va suivre. Ah et oui il y’aura pas mal d’ego-blogging injecté dans ce billet, vous êtes prévenus, non pas que je tienne à parler de ma vie privée mais disons que mes diverses (in)expériences personnelles m’ont permis d’apprécier les différentes oeuvres d’une façon différente. Je n’apporterai surement rien de nouveau sur tout ça mais je tenais quand même à partager mon point de vue, surtout que mon blog est fait pour ça.

A vrai dire je ne sais pas trop par où commencer, Byousoku 5 cm est un anime tellement fort émotionnellement (même si Kumo no mukou reste mon préféré de Shinkai) que j’ai du mal à maintenir un niveau d’écriture décent ainsi que j’en perds mes capacités de raisonnement logique mais comme je ne suis pas là pour écrire objectivement, ce ne sera, heureusement, pas trop un problème. Histoire de faire une introduction correcte, passons d’abord en revue les trois parties qui composent cette oeuvre réalisée de la main du maitre Shinkai.

La première partie, Oukashou, est de loin celle qui m’a le plus touché emotionnellement car c’est sûrement celle qui me parle le plus ayant eu l’occasion de “subir” les aléas d’une relation à distance. La distance physique joue pas mal dans une relation, devoir passer beaucoup de temps dans les transports n’est pas ce qu’il y’a de plus plaisant.

Même si la distance entre Akari et Takaki n’était pas si grande que ça, cela représentait quand même pas mal d’heures de perdues sans compter l’argent qu’il faut dépenser à chaque fois. Pour les curieux, à l’heure actuelle, il faut environ deux heures pour aller de Goutokuji/豪徳寺 (la station où habite Takaki dans Oukashou et d’ailleurs je passais par cette station tous les jours durant mon séjour au Japon) jusqu’à Iwafune/岩舟 (la plus proche pour rejoindre Akari) et débourser dans les 4000~4500 yens (environ 35 euros avec le taux de change morose d’aujourd’hui) juste pour un aller, comme vous le constatez ce n’est pas vraiment trivial comme “voyage” surtout pour des adolescents encore au collège.

L’une des choses que pas mal ont tendance à oublier c’est que cette première partie se déroule dans le milieu des années 90 (1995 peut-être si je ne me trompe pas), ce qui explique pas mal l’absence de téléphone portable et le fait qu’ils entretiennent une correspondance épistolaire. A un moment donné on voit Takaki tracer et noter le parcours qu’il va devoir effectuer, j’ai trouvé ce petit détail particulièrement touchant, me rappelant moi-même il y’a presque une dizaine d’années quand internet n’était pas encore ancré dans ma vie et qu’il ne suffisait pas de 3 clics pour avoir son itinéraire tout fait pour ne pas me perdre dans les transports (oui bon j’étais pas très débrouillard non plus à 11 ans mais passons ~).

Empruntant régulièrement les transports en commun, dont surtout le train et j’ai droit à des problèmes beaucoup trop souvent, je partage la frustration de Takaki lorsqu’il se retrouve bloqué dans le train sans pouvoir rien faire, les minutes qui précédaient le bloquage du train servaient d’annonce à la réunion de nos deux jeunes “héros” et étaient suffisement intenses pour faire de cette annonce l’effet d’une bombe lachée le pauvre Takaki dont le monologue retranscrit parfaitement toute la souffrance qu’il peut ressentir à ce moment précis. Rien de plus énervant que de se sentir impuissant et ne pouvoir qu’attendre que les minutes s’écoulent lentement alors que quelqun nous attend sans pouvoir contacter cette personne est particulièrement l’une des choses les plus frustrantes que j’ai eu l’occasion d’affronter mais cette interminable épreuve de patience ne sera pas sans récompense : la scène de retrouvailles dégage une magie sans précédent.

Simple et efficace, cette scène de retrouvailles après cette longue année de séparation se révèlera être l’une des plus touchantes qu’il m’ait été donné de voir dans un anime ces dernières années. Tout comme Takaki qui arrive fatigué et affamé, le spectateur trouvera un réconfort auprès d’Akari et même si le voyage qu’il a effectué peut sembler trivial, il a été pour lui une véritable épreuve psychologique : entre le chemin à parcourir avec les divers changements à faire, le retard et surtout le fait d’avoir perdu la lettre qui contenait tous les sentiments qu’il avait accumulé en un an de séparation, ce n’est pas rien pour un jeune adolescent et tout ça n’avait pour but que de retrouver une personne pour qu’il affectionne par dessus tout.

Tout est loin d’être rose et même si ces retrouvailles forment un moment de réconfort, même si la distance qui les séparait vient d’être balayée, même si ce baiser a fait disparaître l’espace d’un instant toute leur souffrance; tout cela semble bien superficiel comparé à ce qui les attend et c’est justement quelque chose dont ils sont parfaitement conscients. Malheureusement pour eux, le bonheur de ce moment reste éphémère et la réalité se fait d’autant plus pesante si on y ajoute le monologue de Takaki : après tout ce temps passé loin l’un de lautre, après ce morne voyage en train, après ces retrouvailles émouvantes, après ce baiser fugitif, après cette nuit partagée dans une intimité absolue, les revoilà sur le quai à se dire au revoir tout en sachant qu’ils ne pourront pas rester ensembles. On se trouve donc face à deux adolescents, à un âge où tout semble possible et où on cherche à tout controler, qui doivent accepter le fait que leurs sentiments ne se concrétiseront jamais et peu importe leur intensité.

C’est donc sur une séparation que se finit cette première partie tout comme elle avait commencé et en dépit de toute cette amerturme, on se surprend à contempler la beauté simple de cette histoire de deux êtres qui se retrouvent séparés par la force des choses. La vraie force de ce premier segment est la simplicité avec laquelle il arrive à retransmettre les sentiments des personnages et ce de façon sobre sans artifices, on ressent de la pitié pour Takaki lorsque son train est bloqué dans la neige puis une certaine empathie pour nos deux protagonistes lorsqu’ils partagent cette fragile intimité dans leur étreinte pour finir sur une touche mélancolique. Oukashou place la barre très haut dès le départ et donne le ton d’entrée de jeu, si la magie n’a pas pris elle ne prendra pas après car les deux “épisodes” qui suivent s’inscrivent dans la même ligne directrice.

Cosmonaut nous raconte l’histoire, cette fois-ci, du point de vue d’un nouveau personnage qui se révèle être une des camarades de classe de Takaki après son déménagement : Kanae. Se déroulant 4 ans après Oukashou, on retrouve ici des technologies plus proches de nous avec notamment le téléphone portable de Takaki avec lequel il semble être resté en contact avec Akari. La distance n’est non plus physique mais psychologique, Kanae est proche de Takaki dans le seul où ils sont dans la même classe et discutent de temps en temps entre eux mais malheureusement pour elle, Takaki a encore l’esprit occupé par son amour de jeunesse (et premier qui plus est) et la distance qui les sépare semble être astronomique.

A force de volonté, Kanae arrivera peu à peu à se rapprocher de Takaki mais même si elle arrive à réduire la distance qui les sépare de façon étonnante, il restera toujours une crevasse qu’elle n’arrivera jamais à traverser peu importe tous les efforts qu’elle y mettra. Cette infranchissable distance est en fait la présence impérissable d’Akari dans l’esprit de Takaki, 4 ans se sont écoulés depuis leur séparation et pourtant il est encore impossible à Takaki de renoncer à son premier amour ce qui a pour effet de le rendre imperméable aux sentiments de Kanae pourrait exprimer à son égard. C’est d’autant plus déplorable pour cette dernière qu’on apprend que Takaki écrivait dans le vide, ayant rompu tout contact avec Akari, il s’est enfermé dans une spirale d’illusions où le souvenir qu’il a d’Akari se trouve être idéalisé et c’est cela même qui empêchera Kanae de pouvoir percer à travers le coeur de Takaki.

L’amertume se retrouve encore une fois dans l’impossibilité pour une personne d’accéder à son désir le plus intense mais cette fois-ci on n’a pas affaire à non pas deux êtres dont les sentiments sont réciproques mais bien à une romance à sens unique, on éprouve une certaine pitié pour Kanae qui se retrouve face à la dure réalité : l’homme qu’elle avait idéalisé se révèle être totalement hors d’atteinte car son regard est porté ailleurs et c’est par une douloureuse ironie qu’elle comprend que la raison pourquoi elle s’intéressait à lui c’était bien parce qu’il désirait qu’elle chose qu’elle ne pourra jamais lui donner, elle était attirée par lui car elle ne pourrait jamais l’avoir pour elle.

Tis better to have loved and lost
Than never to have loved at all

Nous voilà transportés en 2008 soit 9 ans après Cosmonaut pour entrer dans la phase finale qui porte le titre de ce film découpé en trois parties : Byousoku 5 cm. On retrouve ici Takaki de retour à Tokyo en tant que développeur en informatique, vivant dans un appartement et apparement seul sans aucune trace d’Akari. Cette dernière semble être allée de l’avant et a (re?)fait sa vie avec quelqun d’autre; néanmoins, elle n’a toujours pas oublié Takaki et nous le rappelle lorsqu’elle retrouve sur la lettre qu’elle voulait lui donner 13 ans auparavant mais depuis les choses ont évolué et les gens ont changé. Takaki quant à lui semble toujours être accroché à ce passé et même s’il semble avoir eu des relations avec d’autres filles, on sent qu’Akari occupe encore une place centrale dans son esprit et c’est malheureusement ce qui le bloquera et l’empêchera d’aller de l’avant.

L’une des grandes qualités de Byousoku 5 cm est la façon dont il présente les relations humaines, d’un côté on a Takaki le “héros” qui s’accroche désespérement à son premier amour tandis que celle-ci a su laisser son passé derrière elle pour s’occuper de son futur, un futur dans lequel elle semble avoir trouvé son bonheur. Là où Oukashou illustrait de façon touchante ce qui se passe lorsque deux personnes attachées l’une à l’autre se retrouvent (avec l’idée de distance physique qu’on retrouve dans Hoshi no Koe) et Cosmonaut quant à lui nous balançait à la figure la brutalité silencieuse d’une romance à sens unique (une distance psychologique et symbolique retrouvable dans Kumo no Mukou, Yakusoku no Basho); Byousoku 5 cm offre une amère introspection Takaki qui se livre à un vrai travail d’évolution et qui finit sur un semblant de détachement par rapport à ses rêves et ses désirs : la distance qui le sépare d’Akari est désormais impossible à rattraper et il en est parfaitement conscient et pourtant même s’il semble vouloir aller de l’avant, on ne peut que s’interroger sur sa capacité à se défaire de cet amour PASSIONné pour Akari. Il y’a une certaine “pureté” dans l’affection que porte Takaki à Akari, être séparé d’elle lui a fait idéalisé le souvenir qu’il en avait et même s’il est en partie responsable de cet éloignement on ne peut s’empêcher de ressentir de l’empathie pour son personnage tout comme pour Kanae qui a décidé de son propre chef de se distancer de Takaki, la résignation est surement le plus douloureux des choix qu’ils aient pu faire et pourtant ils ont quand même eu le courage de faire ce pas déterminant.

Même si la fin semble dure elle n’en est pas totalement négative pour autant, le rythme des 3 segments montre comment une relation que partagent deux êtres proches semble s’évanouir dans le néant avec la distance mais offre aussi des perspectives de futures qui ne sont pas toutes sombres pour peu qu’on sache accepter d’avancer dans la vie car elle est riche de rencontres et d’expériences qui peuvent être plus ou moins dures. Bien qu’Akari ait fait sa vie avec quelqun d’autre, on voit encore que les souvenirs de cette nuit d’hiver reste pour elle impérissable et font partie intégrante de sa personnalité. La vraie beauté de Byousoku 5 cm ne vient non pas d’une romance artificielle faite pour plaire à ceux en mal de romans à l’eau de rose mais bien d’une peinture réaliste de personnages qui sont profondément humains avec leurs qualités et leurs défauts et induit chez le spectateur une douce mélancolie.

Généralement je considère que la moitié de mon plaisir d’anime fan vient des discussions avec d’autres fans, partager ses impressions est une des expériences les plus riches de ce côté là; par contre j’essaye de prendre un peu de recul par rapport aux personnages, ne pas essayer de trop me projeter à travers eux pour ne pas altérer la vision que j’aurais d’eux en y ajoutant mon jugement personnel mais je dois avouer que pour Byousoku 5 cm je n’ai pas pu m’empêcher de me remémorer certaines parties de mon passé et de me sentir proche de Takaki. Du côté du plaisir, cette dernière oeuvre de Makoto Shinkai fait plus que combler mes attentes et j’y trouve un plaisir incessant à en discuter régulièrement tout en applaudissant la maturité et le réalisme du scénario pourtant simple comme bonjour ainsi qu’une réalisation magnifique avec des décors qui arrivent à dépasser la beauté de la réalité, rarement un anime aura su offrir des images aussi époustouflantes : là où certaines séries éblouissaient le spectateur par un photo-réalisme particulièrement réussi, Makoto Shinkai passe au stade supérieur et transcende la réalité avec une touche graphique qui embellit cette dernière comme jamais.

La musique n’est bien sûr pas en reste et brille par sa magnificence notamment pour la chanson One More Time, One More Chance qui à elle seule arrive à retransmettre toute l’émotion qui se dégage de Byousoku 5 cm et surtout du personnage de Takaki pour la version chantée par Masayoshi Yamazaki qui possède une voix parfaitement adaptée à la chanson et qui ne laissera personne indifférent à travers sa performance pleine d’émotions, on y ressent tous les sentiments de solitude et de mélancolie qui transparaissent à travers tout le subtil travail de mise en scène de Makoto Shinkai. One more time, one more chance (et ses variations comme le très magnifique Yuki no Eki) est un morceau d’une beauté telle qu’il en éclipserait presque le reste des musiques mais ce serait ignorer les autres très réussies pistes qui composent l’ost qui n’ont juste pas eu la chance d’avoir un tel niveau de qualité.

Comme je l’ai mentionné plus haut, il s’agit là d’un des rares anime où j’arrive à me projeter dans le personnage même et je me demande dans quelle mesure il faut avoir vécu certaines expériences dans sa vie pour pouvoir apprécier Byousoku 5 cm (pour plus de détails sur ce point, voir ma réponse à certains commentaires qui inclue un point que j’avais “oublié” d’écrire ici). L’une des séries que je trouve les plus proches est sans conteste Honey & Clover qui possède selon moi la même problématique, est-ce que quelqun qui n’a pas été exposé à ce genre d’expérience marquante qu’est une relation à distance peut comprendre tout le travail de Makoto Shinkai pour dépeindre de façon réaliste ce genre d’évènements, à tel point que certains soupçonnent même le maître d’orchestre d’y avoir injecté sa propre expérience personnelle car Byousoku 5 cm n’est pas le premier travail à aborder ce thème de la distance : Hoshi no Koe et Kumou no Mukou en faisaient déjà leur thème central.

L’un des problèmes avec ce genre d’implications de l’auteur c’est que Byousoku 5 cm perd de sa portée globale et même s’il touche beaucoup plus profondément des gens qui peuvent y trouver des éléments de comparaison avec leur propre vie, cela ferme automatiquement et de façon discriminative l’anime à une tranche de la population. L’un des “problèmes” de l’anime vient de sa structure narrative, qui soyons d’accord est très réussie mais peut parfois perdre son spectateur lambda qui n’est pas forcément habitué à regarder ce genre de production qui demande au spectateur une certaine attention. Comme je le sous-entendais plus haut, si une personne n’a pas eu de relation à distance elle aura du mal à s’identifier aux personnages d’Akari et de Takaki, or ce dernier est le moteur de Byousoku 5 cm : l’empathie est de mise pour pouvoir apprécier le chef d’oeuvre au maximum; bien plus que la sympathie car si on peut s’attacher aux personnages, on ne peut réellement ressentir toute l’émotion qui s’en dégage sans pouvoir au moins une fois se projeter à travers eux mais je me demande parfois si mon expérience personnelle ne fait pas trop pencher la balance dans un sens et brouille un peu ma capacité à raisonner de ce côté là.

Quoiqu’il en soit, même si je considère que Byousoku 5 cm se savoure mieux en ayant vécu certaines expériences cela reste suffisement accessible pour n’importe qui. Je pensais avoir atteint les limites des discussions possibles l’année dernière sur ce sujet et pourtant je me surprends régulièrement à en reparler avec diverses personnes et souvent sur des sujets totalement nouveaux. Bien que ce soit encore tout récent, je considère vraiment cette production comme un véritable chef d’oeuvre comme il n’en apparait que trop rarement, sa richesse permet d’alimenter maintes discussions pour mon plus grand plaisir et je reste toujours surpris par la force par laquelle Makoto Shinkai arrive à raconter une histoire de la façon la plus simple et la plus belle possible.

5cm/s, la vitesse à laquelle chacun poursuit sa vie et se distancie des autres.

En définitive Byousoku 5 cm fait partie de ces animes qui rejoignent mon panthéon d’oeuvres majeures et même si je préfère toujours Kumo no Mukou, Yakusoku no basho, j’éprouve toujours un plaisir absolu à le revoir.

Le malheur des femmes c’est qu’elles voudraient que les hommes changent or ceux ci ne changent jamais.

Le malheur des hommes c’est qu’ils souhaiteraient ne jamais voir changer les femmes or celle ci changent tout le temps

Note de la rédaction : j’ai vu le jour se lever lors de la rédaction de ce billet… OTL.

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